Techniques d’animation : du dessin au volume et aux images de synthèse

Cadences, intervalles, layout, marionnettes, rendus stylisés. Ce qui se décide en atelier, et la manière dont on le voit à l’écran.

Il existe une idée tenace selon laquelle, dans le cinéma d’animation, les techniques d’animation seraient un sujet de spécialiste. C’est l’inverse : c’est le seul endroit où l’on peut expliquer précisément pourquoi une scène fonctionne, alors que le vocabulaire habituel de la critique s’arrête à « c’est beau » ou « c’est fluide ».

Toutes les techniques d’animation employées dans le cinéma d’animation reviennent à la même opération : décider, une image après l’autre, de ce qui a bougé. Le dessin, le volume et les images de synthèse ne sont que trois manières de tenir ce carnet de bord.

Dossier 040SC. 03 / Plan C / BG 11

Décor peint : une table d’animation sous une lampe unique, le disque lumineux traversant une pile de feuilles translucides, le reste de la pièce dans l’ombre bleu ardoise.

Trois familles de techniques d’animation, un seul principe

Toutes les techniques d’animation reposent sur le même principe, fabriquer le mouvement image par image, et se répartissent ensuite en trois familles qui n’ont presque rien en commun dans leur organisation quotidienne :

  1. L’animation dessinée. Chaque image est redessinée. La qualité du mouvement dépend entièrement de la répartition des dessins entre les poses clés.
  2. L’animation en volume. Des objets réels sont déplacés en volume puis photographiés. La contrainte est physique : ce qui a été posé sur le plateau ne peut plus être corrigé.
  3. Les images de synthèse. Le mouvement est décrit par des courbes plutôt que par des dessins. La difficulté n’est plus de produire le mouvement, mais de lui redonner de l’irrégularité.

Ces trois familles se croisent en permanence dans les productions récentes, et c’est précisément ce qui rend l’époque intéressante à observer.

Du dessin au volume, et jusqu’aux images de synthèse

4 notions
Table de correspondance
CritèreDessinVolumeImages de synthèse
Unité de travailUn dessinUne pose posée à la mainUne courbe d’animation
Ce qui coûteLe nombre de dessinsLe temps de plateauLe rendu et les corrections
Ce qui se voitLe tremblement du traitLa matière et le poids réelLa régularité du mouvement
Erreur typiqueIntervalles répartis trop égalementUne articulation qui bouge entre deux photogrammesUn mouvement trop propre pour être cru
Cadence usuelle12 images par seconde24, une pose par photogramme24, souvent ramenée à 12

Quatre notions suffisent à décrire à peu près tout ce qu’on voit à l’écran.

  • La pose clé : le moment décisif d’un geste, celui qu’on pourrait décrire après coup.
  • L’intervalle : ce qui sépare deux poses, et où se joue toute la sensation de poids.
  • La cadence : le nombre de dessins réellement distincts par seconde, souvent douze plutôt que vingt-quatre.
  • Le layout : la construction du plan, décidée avant toute animation, et qui conditionne tout le reste.

Avec ces quatre mots, un spectateur peut expliquer ce qui le gêne dans une scène. C’est exactement le but de cette rubrique, détaillé dans cet article.

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Notes de production

4 réponses

Quelle est la différence entre animer sur un et animer sur deux ?

Animer sur un veut dire un dessin distinct par photogramme, soit vingt-quatre par seconde. Animer sur deux veut dire douze dessins, chacun exposé deux fois. La seconde solution est la norme de l’animation dessinée et donne un mouvement parfaitement fluide dans la plupart des cas.

Le stop motion est-il encore rentable face aux images de synthèse ?

Il est plus lent et plus coûteux par seconde, mais il produit une matière que le calcul imite mal : profondeur de champ très marquée, textures jamais identiques, micro-écarts de pose. Les studios qui le pratiquent en font un argument, pas une contrainte subie.

Qu’est-ce que le layout et pourquoi est-il déterminant ?

Le layout définit la construction du plan avant toute animation : perspective, cadre, place des personnages, marge de caméra. Un plan mal construit ne peut pas être rattrapé par une bonne animation, ce qui en fait le poste le plus décisif de la chaîne.

Peut-on reconnaître la technique employée en regardant un film ?

Presque toujours. La profondeur de champ, la régularité des textures et la manière dont les contours se comportent d’une image à l’autre suffisent à distinguer l’animation dessinée, l’animation en volume et les images de synthèse, même quand un film mélange les trois.