Critiques de films d’animation, vues image par image

Une note sur dix, et surtout les raisons de la note. Un avis qu’on ne peut pas discuter ne sert à personne.

Nos critiques suivent toujours la même logique : décrire ce que le film fait, puis dire si cela fonctionne. La note arrive à la fin et résume l’argument, elle ne le remplace pas.

Elle est exprimée sur dix, en repères de minutage plutôt qu’en étoiles, parce que l’échelle d’étoiles écrase tout entre trois et quatre. Un six et un sept ne décrivent pas la même chose, et l’écart mérite d’être visible.

Dossier 052SC. 05 / Plan E / BG 21

Décor peint : un photogramme tenu à contre-jour devant une fenêtre, la pièce dans l’ombre bleu ardoise, la lumière ocre traversant l’image.

Comment nous lisons un film

Une critique de film d’animation qui ne parle que de l’histoire passe à côté de l’essentiel. Le récit est une partie du travail ; le reste tient dans des décisions qu’aucun autre cinéma n’a besoin de prendre. Quelle cadence pour ce personnage. Combien de dessins entre ces deux poses. Jusqu’où le décor a le droit d’exister derrière un visage.

Nous regardons donc quatre choses en priorité, dans cet ordre. La lisibilité d’abord : sait-on à tout moment où sont les personnages et ce qu’ils font. La tenue ensuite : les partis pris annoncés dans les dix premières minutes sont-ils encore respectés à la fin. La matière ensuite : ce que l’image donne à sentir, texture, poids, lumière. Le récit enfin, non parce qu’il compte moins, mais parce qu’un film qui rate les trois premiers points ne sauve jamais le quatrième.

Cette grille explique quelques notes qui surprennent. Un film au scénario mince mais dont chaque plan est tenu obtiendra plus qu’un film ambitieux dont la mise en scène se relâche à mi-parcours. Ce n’est pas une préférence pour la forme contre le fond : dans un film d’animation, la forme est le fond, puisque rien n’existe qui n’ait été décidé.

Ce que la note recouvre

Le barème
  1. 9 – 10Change ce qu’on croyait possible dans son registre. Une ou deux fois par an.
  2. 7 – 8Réussit quelque chose que peu de gens tentent, et le tient jusqu’au bout.
  3. 5 – 6Fait correctement ce qu’il annonce, sans surprendre. La note la plus fréquente.
  4. 3 – 4Une intention lisible, une exécution qui lâche en cours de route.
  5. 1 – 2Ne tient aucune de ses décisions. Rare, parce que rare à finir.

Un six n’est pas un échec. C’est un film qui fait correctement ce qu’il annonce, sans surprendre. Un huit est un film qui réussit quelque chose que peu de gens tentent. Au-dessus, il faut que le film change ce qu’on croyait possible dans son registre, ce qui arrive rarement plus d’une fois ou deux par an.

Nous ne notons jamais un film vu une seule fois. Le second visionnage sert précisément à séparer l’effet de découverte de ce qui tient, et il fait bouger la note dans les deux sens plus souvent qu’on ne l’imagine.

  • Illustration éditoriale peinte : un chat seul dans une barque sur une mer enflée, sous un banc d’orage bleu ardoise.

    Flow

    de Gints Zilbalodis · 2024

    Le pari est risqué : aucun dialogue, aucun narrateur, des animaux qui ne parlent pas et ne sont pas anthropomorphisés. Ce qui tient le film debout est la caméra, presque toujours en mouvement, qui suit son personnage comme le ferait un opérateur réel plutôt qu’un logiciel. Les moyens sont modestes et cela se voit par endroits, mais l’écart est toujours du bon côté : le film préfère une texture simple bien éclairée à un détail superflu.

    8/10

  • Illustration éditoriale à l’encre : un escargot à la coquille penchée et aux longs pédoncules oculaires.

    Mémoires d’un escargot

    d’Adam Elliot · stop motion · 2024

    Le film reste fidèle à une manière très reconnaissable : pâte modelée à la main, silhouettes disgracieuses, humour noir tenu du début à la fin. La lenteur est assumée et le récit se laisse porter par la voix off plus que par le mouvement, ce qui finit par limiter le procédé au lieu de le servir. La matière, elle, ne déçoit jamais.

    6/10

  • Illustration éditoriale à l’encre : un robot de récupération arrondi, un œil-objectif unique, de la mousse sur les épaules, assis dans les fougères.

    Le Robot sauvage

    de Chris Sanders · 2024

    La réussite est d’abord graphique : les décors abandonnent le rendu photoréaliste pour une texture peinte, avec des contours qui bavent volontairement et une lumière traitée par grands aplats. Le récit, lui, suit une trajectoire très balisée et multiplie les points d’émotion là où la retenue aurait suffi. Reste une démonstration nette de ce qu’un grand studio peut faire quand il accepte de ne pas imiter la photographie.

    7/10

Bobine 05 – à lire

1 article
  1. Critiques · Critique

    Trois façons de filmer le silence

    Un film sans dialogue, un film qui parle sans arrêt, un film qui alterne. Ce que le silence fait à l’image animée.

Notes de production

4 réponses

Sur quoi repose la note attribuée à un film ?

Sur un avis argumenté, pas sur une moyenne de sous-catégories. La note résume l’article, elle ne le remplace pas : ce qui compte est de pouvoir suivre le raisonnement et, le cas échéant, d’être en désaccord avec lui.

Pourquoi une note sur dix plutôt que des étoiles ?

Parce qu’une échelle d’étoiles écrase presque tout entre trois et quatre. Un six et un sept ne décrivent pas la même chose, et cet écart mérite d’être visible.

Revoyez-vous les films avant d’écrire ?

Oui, au moins deux fois, la seconde en prenant des notes plan par plan. Beaucoup de films séduisent au premier visionnage et perdent leur intérêt au second, quand l’effet de découverte ne joue plus.

Publiez-vous des critiques négatives ?

Oui. Une rubrique qui ne contient que des avis favorables ne renseigne sur rien. Une note basse est accompagnée des mêmes exigences de description qu’une note haute.